jeudi 16 décembre 2010

Peerpartage : Les dessous des majors

J'ai retrouvé dans mon bordel cet interview, je vous le met ici histoire que tout le monde en profite.

Bonne lecture


Les contrats tiroir
PEERPARTAGE : Bonjour à vous. Tout d'abord, nous tenons à vous remercier de bien avoir voulu témoigner pour Peerpartage sur les pratiques internes des majors. Peut-être pouvez-vous commencer par nous dire pourquoi vous avez fait le choix de témoigner sous X ?
J'ai fait ce choix parce que suis actuellement employé par Universal Music France et que j'ai peur des répercussions que mes révélations pourraient avoir pour moi et mes proches. Cela dit, je suis à la recherche d'un autre emploi et dès que j'aurais quitte Universal, je compte bien m'exprimer à découvert.
Pour commencer, que vous pensez de la politique actuelle d'Universal et des autres majors qui se sont lancées dans des vagues de procès contre les Internautes qui téléchargent de la musique ?
Je pense que c'est une erreur monumentale. Sans même parler de tout le débat sui est né autour de ça, c'est un choix catastrophique en termes de markteing. Ca nous fait une terrible publicité négative auprès du public des jeunes, qui utilise énormément Internet.
Comment vous expliquez qu'une major comme Universal Music ait pu en arriver là ?
Nous payons le prix de nos erreurs, c'est tout. Nous avons voulu tout contrôler, et maintenant, nous ne contrôlons plus rien.
Comment ça, tout contrôler ?
Tout. A l'heure actuelle, quand un artiste signe avec une major, il rentre dans un système où il ne va plus lui rester la moindre liberté de manoeuvre. Dans la façon dont sont faits les contrats, dont l'artiste est managé, dont les oeuvres sont produites et enfin distribuées, c'est un fait qu'on le dépossède complètement de son autonomie.
Par quels types de procédés ce contrôle s'instaure. Pouvez-vous nous donner un exemple ?
Et bien pour vous donner un exemple, je peux vous parler du contrat-tiroir.
Pour passer un contrat-tiroir, vous prenez un jeune artiste à qui vous faites miroiter des rêves de gloire. Ensuite, une fois que vous lui avez fait signer un contrat, vous lui faites enregistrer ces morceaux en studio.
Toutefois, au lieu d’aboutir à un lancement commercial, la musique qu’il aura produite passera directement dans la bibliothèque de la maison de disque...
Lié par son contrat qui dure souvent un minimum de 8 ans, l’artiste n'a plus le choix et il doit dès lors produire sur commande et sans la moindre chance de voir son nom reconnu. De façon tout à fait légale, vous en avez fait un larbin à votre service...
Mais quel est l'intérêt d'un tel procédé ? Le but d'une maison de disque n'est-il pas de faire de l'argent en faisant connaître ses artistes ? A quoi sert un artiste qui reste tout le temps dans l'ombre ?
En fait, les contrats-tiroirs présentent de nombreux avantages pour les maisons de disque :
Par exemple, lorsque qu’une vedette est en panne de voix ou d’inspiration, le fait d'avoir des contrats-tiroir permet de pallier facilement au problème en faisant appel à un "artiste-tiroir" qui a un style semblable.
Ensuite, lorsque le son produit par un groupe ou un musicien ne convient pas à ce que les producteurs jugent comme étant commercial, il peuvent utiliser celui produit par un artiste ayant passé un contrat-tiroir. C’est comme ça que dans le morceau « Smell like Teen Spirit », Nirvana a repris un son des Pixies, qui avait alors signé un contrat-tiroir avec le label Greffen Records.
Vous voyez, la maison de disque s'engage à produire de la musique, pas à assurer le succès de l'artiste. A partir de là, il suffit de faire passer à l'artiste un contrat qui repose essentiellement sur les royalties, et s'arranger pour qu'il n'ait jamais aucun succès public. Vous avez dès lors l'équivalent d'un contrat de travail particulièrement avantageux pour la maison de disque.
A quel point ce procédé est répandu dans le monde des maisons de disque ?
Disons que ça représente quelque chose de tellement pratique qu'à l'heure actuelle, toutes les majors disposent à présent d’un stock de musiciens et de chanteurs qui sont forcés à produire sur commande une musique formatée, sans possibilité de voir leur œuvre reconnue...
Mais à votre avis, qu'est-ce qu'il faudrait faire pour mettre fin à ces pratiques ?
Ce qu’il faut savoir, c’est qu’à l’heure actuelle, même si les droits des artistes sont théoriquement assurés par la loi, la réalité est toute autre en pratique.
Il faut voir comment ça se passe lors de la signature des contrats...
D'un côté, vous avez la major avec ses contrats maison bourrés de petites lignes et de mentions illisibles. Ensuite, vous avez le manager de l'artiste qui est censé le défendre mais qui travaille le plus souvent en collaboration avec le producteur. Et enfin, vous avez un pauvre mec naïf à qui on a promis la lune et qui n'y connaît absolument rien...
Il n’existe aucun organisme pour défendre réellement les artistes en tant que profession. Le producteur, le manager, tout les intermédiaires servent la maison de disque, et en pratique, cette dernière à tout pouvoir. Il n'y a que très peu de producteurs et de directeurs artistiques qui sont assez honnêtes pour ne pas en abuser.
De toute façon, les sociétés qui managent tous les grands groupes de la planète sont essentiellement des sociétés qui appartiennent à des majors comme Universal ou Sony. Comme the Firm, qui est censée défendre les droits des artistes, mais qui défend en réalité les intérêts des majors…
C’est un système très bien fait, qui assure une impunité presque totale au gens qui le contrôlent. Et même si toutes sortes de pressions et de manipulations sont intervenues pour aboutir au fait qu’un musicien soit totalement exploité, ce qui compte aux yeux de la loi, c’est le contrat et rien d’autre...
Je pense qu’il faut des organisme de défense, des syndicats, et surtout une plus grande conscience des artistes. Le système fait tout pour les infantiliser. Qu’ils apprennent à se défendre !

Je contrôle donc je suis
PEERPARTAGE : Qu'est ce que vous entendez par l'expression "infantiliser les artistes" ?
Et bien, pour répondre à ça, il faut comprendre la hiérachie qui entoure l'artiste...
Les gens ne s'occupent que de ce qu'il y a sur la couverture des journaux et les pochettes de Cd : ils ne voient que la face visible de l'iceberg. Mais derrière, il y a tout un système bien rôdé.
Pour commencer, il y a le manager. En principe, il gagne 30 à 60% sur l'argent que rapporte l'artiste. Ca peut sembler beaucoup, mais ça se justifie en principe par le fait que c'est lui qui gère l'essentiel de sa carrière.
Comment décrire son rôle ? Je dirais que c’est le père, la mère, le frère et la sœur de l’artiste. Si l’artiste à faim, il lui prépare son 4 heures, s’il a soif, il lui presse son jus d’orange et s’il a besoin de chier, il lui apporte sa cuvette emballée dans du papier doré…
Ensuite, vient le producteur, qui touche 30 à 40%. C’est lui qui enregistre l’album et le rend commercial. En pratique, cela se traduit essentiellement par le fait de formater le style propre d’une musique pour qu’elle colle avec ce qui est à la mode : « Tiens vas-y, mets donc plus de basse et monte le beat à 160, ça se vendra mieux !»
Hm, vous n'exagérez pas un peu ? La description que vous donnez semble franchement caricaturale...
Ca se voit que vous n'avez jamais mis les pieds dans un studio ! Evidemment, je ne dis pas que ça se passe toujours comme ça, et heureusement, il y a des exceptions, mais elles ne font que confirmer la règle. Parce qu'au bout du compte, le système est fait pour que ça se traduise par une exploitation des artistes et des musiciens.
C'est-à-dire ?
Et bien, pour en revenir au manager, si vous lui posez la question, il répondra que sans lui les artistes ne pourraient même pas exister, mais à mon avis, la seule chose sur laquelle aboutit la relation artiste/manager telle qu’elle existe actuellement est une dépendance malsaine...
Le manager se comporte exactement comme les directeurs de conscience au 17e siècle. Il prétend tout faire pour le bien de son protégé, mais au total, il finit par penser et décider à sa place.
Et c'est pareil pour le producteur, et pour le directeur artistique, et ainsi de suite...
Pour moi, le problème vient du fait qu'on est allés dans un système tellement spécialisé que les gens qui créent la musique n'ont plus aucun contrôle sur ce qu'ils font.
Le phénomène est particulièrement marquant avec le hip-hop, ou tout est fait avec des ordinateurs. Le fait d’utiliser l’informatique n’est pas un problème en soi, c’est un outil merveilleux pour la musique, mais les chanteurs finissent par perdre complètement la maîtrise de ce qu’ils produisent. Ils en participent plus à rien.
C’est principalement dans le tournant des années 90 que l’industrie de la musique est devenue un business totalement orienté sur le profit et le contrôle des consciences. Dans les années 80, on trouvait encore des groupes comme les Gun’s n’ Roses et Aerosmith qui jouaient comme il l’entendaient, à présent c’est fini. Le processus de formatage a débuté dans les années 90.
C’est comme cela que quelqu’un comme Dr. Dre manie les groupes aux Etats-Unis. Il n’y a plus d’art, mais seulement des recettes pour vendre. Le son est calibré pour satisfaire le public, mais le public à été conditionné par l’industrie musicale à aimer seulement un certain type de son. C’est un cercle vicieux, qui aboutit à un appauvrissement extraordinaire de la diversité musicale… L’état de délabrement de ce système est vraiment si avancé que je me demande parfois comment tout cela tient encore.
Enfin je ne sais pas, mais Il quand même se souvenir qu'à une époque, les artistes étaient à la fois auteurs, compositeurs et interprétes de leurs oeuvres ! Mais à présent, tout est fait pour diviser au maximum les taches, pour que les gens ne sachent plus faire qu'une seule activité extrêmement spécialisée, de façon à ce qu'ils deviennent totalement dépendants d'un petit groupe de financiers qui donne les ordres et décide qui fait quoi. Tout le système en place encourage la dépendance pyschologique des artistes et décourage la polyvalence.
Et vous pensez qu'il est possible de faire marche arrière et de revenir à un système où l'artiste serait à nouveau indépendant ?
Non seulement c'est possible, mais c'est en train d'arriver partout !. Contrairement à ce qui se passait avant, les jeunes groupes ne cherchent plus à signer à tout prix avec une major. Ils préférent faire une carrière en sa faisant connaître par Internet ou en Underground.
Quand vous connaissez les producteurs, vous voyez bien qu'en réalité, il n’aiment pas les groupes qui montrent de l’indépendance : cela remet en question leur contrôle. Mais toute une génération de musiciens est en train de révolutionner les pratiques en place, et qu'on le veuille ou non, ça va inspirer les jeunes talents qui vont venir après eux.
Par exemple, Placebo est un groupe d’auteurs-compositeurs -interprétes qui ne se laisse par faire. Ou alors il y a aussi l'exemple d'Audioslave. C'est un des premiers qui a réussi à se placer en situation de force en signant à la fois chez Universal et Sony, avant de tout envoyer ballader. C’est une nouvelle génération qui comprend comment marche le système et sait comment éviter ses pièges.
En fait, si vous regardez bien, vous verrez qu'aucun groupe indépendant ne veut plus signer avec les majors, qui sont devenues tellement "connotées fric" que cela dégoûte tous les artistes. Même les plus vieux comme Radiohead ou Korn sont en train de quitter le système en rompant leur contrat avec Sony et en devenant leurs propres producteurs.
Le comportement actuel des majors provoque un « effet Bush » auprès des artistes : c’est une sorte d’éveil des consciences. D'ailleurs, tout le monde sent bien que quelque chose d'absolument énorme est en train d'arriver dans ce domaine, et que selon la façon dont ça va évoluer, ça aura des conséquences très importantes pour l'avenir.

Juste une petite signature en bas du contrat
Avant de rentrer plus en détail sur les aspects plus politiques de la situation, pouvez-vous encore nous parler des procédés utilisés par les majors pour s'assurer le contrôle des artistes .
Je peux vous parler des méthodes de recrutement, c'est assez instructif...
En fait, on peut en distinguer trois :
1. La première façon consiste à profiter d’une lacune du système économique actuel. Notre société, en effet, fonctionne sur le modèle du salariat. Cela se traduit par le fait que pour les artistes, il est extrêmement difficile de souscrire des prêts et d’obtenir l’argent qui leur permettrait d’exercer leur activité de façon indépendante. A partir de là, c’est très simple pour une major d’aller voir un artiste pour lui proposer un prêt avec un taux de remboursement élevé, en sachant parfaitement que cela le rendra complètement dépendant d’elle. C’est ce qui explique que la plupart des artistes qui ont signé avec des majors aient purement et simplement perdus leurs droits d’auteurs. C’est ce qui est arrivé, notamment, avec Johnny Halliday lorsqu'il a signé chez Universal.
2. Une autre façon de faire consiste à trouver un groupe underground, qui met le feu sur scène chez les jeunes, et de le racheter pour le balancer sur le grand public. C’est ce qui s’est passé par exemple avec des groupes comme les Red Hot Chili Peppers ou Metallica. Vous voyez, des groupes comme ça sont accros à la musique : ils ne vivent que pour ça. Les contrats, le juridique, ils n’y connaissent rien du tout. Alors, c’est facile d’en tirer parti pour leur faire signer ce qu’on veut…
3. Depuis quelque temps, il existe encore une autre façon de signer des contrats, qui est de tirer parti des émissions de télé réalité genre Star Academy. Dans ce cas, l’arnaque consiste porte sur le statut de l’artiste. Quand on organise un show de ce type, on fait une sélection à partir des démos qu’envoient les jeunes talents et ont les fait passer à la télé. Mais même si certains d’entre eux sont des artistes complets, on ne leur donne que le statut d’interprète. L’auteur fournit les textes par notre biais et eux viennent remplir un espace prédéfini. C’est un système de préfabriqué : on joue uniquement sur un effet de mode. C’est pour ça qu’on leur fait signer des contrats éphémères, 3-4 ans maximum. C’est jeté aussitôt consommé. Un vrai produit de fast-food.
Et bien...
Attendez, ça n'est pas tout. Il y a autre chose qui devrait vous amuser pas mal : les biographies.
Dans le milieu de la musique, réécrire les bios des artistes est une pratique extrêmement fréquente, qu'on utilise pour booster la vente des albums.
Prenez, par exemple, quelqu’un comme Jennifer Lopez. Vous verrez dans sa bio officielle qu'elle est née dans le Bronx, qu'elle a grandi dans les bas-fonds de la cité, bref une authentique bombe latino.
Or, en réalité, c'est juste une gentille fille de la campagne américaine issue de la classe moyenne.
Je peux aussi vous citer le cas de la chanteuse d''Evanescence, Amy Lee. A l'époque où le groupe débutait, elle n'avait pas de petit ami, et sa bio manquait un peu de couleur. Alors, Sony Epic, Windup Records et son producteur Dave Fortman se sont arrangés pour qu'elle se retrouve avec Shaun Morgan, un clone de Kurt Cobain qui chantait pour le groupe Seether... Bref, de quoi faire rêver les fans !
Encore un autre exemple : celui de Jean-Luc Lahaye. Vous avez probablement du entendre parler de son procès pour viol. Et bien ça aussi, ça a été monté de toutes pièces par les studios...
Vous êtes sérieux ? Mais il risque une condamnation !
Parce que vous pensez qu'une condamnation, ça ne fait pas bien dans une bio ? Avec cette histoire, il va avoir droit à une publicité gratuite pendant des mois dans tous les médias. Universal pourra ainsi relancer sa carrière à moindre frais !
Vous avez d'autres exemples de ce type en tête ?
Oui, il y a tout ce qui se passe au Etats-Unis avec le hip-hop. Si vous prenez la fameuse guerre Est/Ouest qui a opposé les rappeurs américains pendant les années 90, vous verrez qu'elle a surtout enrichi les producteurs...
Il n'y a qu'à voir l'attitude plus d'équivoque d'un type comme Puff Daddy, qui a produit aussi bien 2-PAC que BHD, et qui a donc exploité cette rivalité montée de toutes pièces pour faire un maximum de profit. Là encore, tout ça n'a été monté que dans le but de faire de la publicité gratuite pour les majors, qui se sont engraissées sur le dos des musiciens.
Ce qui est grave, c'est que ça incite tout le jeune public américain qui écoute du rap à croire que tout se règle à coup de revolver. Les « beefs » désignent les guerres entre deux rappeurs : mais à force de valoriser ça et de remplir les bios des rappeurs d'historie de réglements de compte, on est en train de pourrir totalement l'esprit de ces gamins.
C'est devenu, en interne, un objet de plaisanterie : dans sa bio, le rappeur The Game est censé avoir été blessé par 10 balles de revolver. Le rappeur 50 Cents, de son côté, est censé en avoir pris 15... En coulisses, on s'en moque en parlant de « l’homme aux 15 trous de balles ». J'attends impatiemment la bio du prochain, ça va être une vraie passoire à mon avis...
Et le pire, c'est que non content d'avoir foutu un bordel pas possible dans les banlieues des Etats-Unis, il a fallu que l'industrie du disque exporte ça en France. Et c'est comme ça que du jour au lendemain, on a vu apparaître une soi-disant rivalité entre le 92 et le 93, avec toute cette imagerie sur la banlieue... C'est franchement du n'importe quoi.
Ce n’est pas parce que le Hip Hop est un art de la rue que c’est un art de la guerre. Les rappeurs le disent eux-mêmes : je suis un MC, par un gangster !

Des lendemains qui chantent… Sans playback !
PEERPARTAGE : A présent, parlons un peu de l'avenir si vous voulez bien. Comment les choses peuvent évoluer selon vous ? Est-ce qu'on peut s'attendre à une prise de conscience des responsables de majors et à plus d'ouverture d'esprit ?
Je serais vous, je n'y compterais pas trop. L’attitude de la direction d’une boîte comme Universal est simple, et je la résumerais comme suit : « engrangeons un maximum maintenant, comme ça on sera bien au chaud quand tout pétera. »
Donc, pour vous, il est évident, même aux yeux de la direction, que le système ne va plus tenir longtemps ?
Bien sûr, et c’est pour cette raison qu’ils s’en prennent aux étudiants et aux Rmistes ! Si les majors choisissent comme proie des gens ordinaires, c’est parce qu’elles savent très bien que c’est à eux que tout le monde s'identifie le plus facilement. C’est une technique psychologique pour forcer les gens à se comporter selon un certain schéma.
Seulement voilà, les artistes commencent à se réveiller et à faire des procès aux majors en leur réclamant des millions... Par conséquent, comme la pierre angulaire du système est en train de leur échapper, les grosses boîtes de disque se retournent logiquement contre la seule proie sans défense qu’il leur reste : le consommateur moyen. D'ailleurs, vous remarquerez que les procès faits aux Internautes tombent toujours sur des gens qui n'ont pas les moyens de se payer des avocats hors de prix et pas sur ceux qui sont riches ou qui représentent une autorité. Pourtant, croyez-moi, il y a aussi des policiers, des politiciens et des juges qui téléchargent sur Internet. Les flics comme Madame Denis ! C'est donc totalement hypocrite !
Mais alors que faire ? Car en pratique, la justice prend parti contre les Internautes... Comment peut-on réagir si même la loi ne laisse aucun recours ?
Je ne crois pas que la loi continuera à favoriser longtemps les majors. Pour ma part, je vois cette crise comme le simple aspect d'un problème plus large.
A l'heure actuelle, le monde est en proie à un malaise très grave. On ne sait plus où on va, et les gens on peur.
Mais en même temps, je crois qu'il y a une conscience très profonde de l'injustice, et il suffirait de pas grand-chose pour que tout cela explose.
Le cas des majorsl est vraiment typique. Dans une major comme Universal, un producteur touche un minium de 15.000 euros par moins, un Directeur Artistique, 25.000, et un producteur artistique, 50.000. Par comparaison, les intermittents du spectacle et les standardistes ne touchent que 500 euros par mois, les assistants 1000 euros et les ingénieurs son, environ 1500. C’est un clivage absolument ridicule, car le travail de tout le monde est important. Sans parler qu’Universal fait signer des décharges à ses employés disant qu’ils renoncent à voir leur contrat, qui est gardé par la société…
Je crois que les gens qui contrôlent l'industrie de la musique jouent à un jeu très dangereux, dont ils ne mesurent pas les conséquences, et que s’ils continuent comme ça, ils risquent d'encourager une vraie révolution sociale.
Toutefois, ça me semble logique que pour désamorcer ça, l'Etat en vienne à mettre fin aux procès ou du moins à modérer au maximum les choses pour éviter l'explosion. C'est pour ça que je pense que dans ce domaine, les choses vont finir par se tasser.
Quand au reste, sans rentrer dans le détail des arguments, je pense que l'un des effets les plus positifs du peer-to-peer est que cela permet aux gens d'entendre des messages auxquels ils ne sont pas habitués. La musique conditionne les mentalités : c'est un outil politique puissant.
J'ai surtout confiance dans les jeunes, car malgré tout ce qu'on peut dire, il savent se montrer plus malins que le système.
Quand aux artistes qui condamnent le téléchargement, ils ont été tellement conditionnés et rendus dépendants qu'ils ne se rendent même plus compte que la major avec qui ils ont signé et qui leur pompe jusqu'à 99% de leur bénéfices leur fait cent fois plus de tort que le soi-disant piratage... On vit quand même dans un drôle de monde!

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